Comment faire face à une crise

La Banque Triodos est en conformité avec les nouvelles réglementations mises en place suite à la crise financière. Mais ces règles représentent un vrai défi, ne fût-ce qu’en raison des nombreuses exigences supplémentaires qu’elles imposent dans le but de faire face à certains problèmes fondamentaux du secteur financier. Nous espérons contribuer à des échanges constructifs avec les autorités de contrôle et les régulateurs sur la manière dont les banques durables peuvent servir d’exemples et apporter des idées neuves sur la manière de répondre à ces défis.

Le rapport Liikanen, préparé par la commission d’experts européens sur la réforme structurelle des banques et publié en octobre 2012, défend l’idée que la régulation des institutions financières – et des banques en particulier – devrait être davantage différenciée, sur base de leur contribution au risque systémique et de leur utilité pour l’économie réelle. Le rapport soutient que la concurrence est faussée dans le système actuel parce que les principales banques au monde bénéficient d’une garantie implicite sur leur dette. Selon le rapport Liikanen, ces mêmes grandes banques ne se concentrent pas suffisamment sur l’économie réelle, sont de plus en plus complexes et davantage susceptibles d’engendrer des conflits d’intérêts. Nous avons l’intention de joindre notre voix à cette vision, l’an prochain et dans l’avenir, parce que cette nouvelle façon de penser peut contribuer à rendre le secteur bancaire plus sain et plus diversifié, au bénéfice des citoyens, de l’environnement et de l’économie.

Le pouvoir du changement culturel

Les réglementations jouent un rôle important, mais sont inutiles si elles ne s’accompagnent pas d’un changement de culture et de comportement. Dans la foulée de la crise, leur nombre et leur complexité ont augmenté de manière exponentielle. Qu’il s’agisse du scandale du LIBOR ou de celui des ventes abusives, on constate qu’une culture de maximisation des profits s’est développée au sommet des institutions financières, répandant la pratique des bonus financiers au lieu de promouvoir des pratiques de gestion responsable, dans l’intérêt des clients et de la société en général.

Nous pensons que la Banque Triodos et d’autres banques similaires ont un rôle à jouer pour promouvoir le retour du métier de banquier dans le cercle des professions respectées et estimées, construites sur la base d’une véritable motivation à servir les autres. Parce qu’elles y seront obligées, les banques feront de nombreux efforts pour se mettre en conformité avec les exigences des autorités de contrôle. Mais les véritables changements durables sont culturels et doivent venir de l’intérieur pour pouvoir s’inscrire dans la durée. Ils ne peuvent être uniquement le produit d’exigences réglementaires. Ils doivent, au contraire, refléter ce que nous pensons être le rôle des banques dans la société. Si, à l’avenir, nous souhaitons construire un système bancaire solide et résilient, nous devons être plus clairs quant à son rôle et faire en sorte que les changements souhaités se produisent dans le monde bancaire. À l’avenir, la priorité des banques ne devra plus être de rechercher le profit à tout prix, mais de venir en soutien à l’économie réelle. De cette façon, leur contribution à la société se fera de façon plus saine et plus équitable. Ces changements prendront du temps, mais ils sont inéluctables.

En tant qu’individus, la plupart d’entre nous reconnaissent qu’un changement ne peut être permanent que s’il émane de nous-mêmes. Nous devons donc prendre les personnes comme point de départ. Les changements à long terme seront inévitables si nous souhaitons éviter le retour des tempêtes économiques et environnementales qui nous ont frappés ces dernières années. Au lieu de nous contenter de réparer les dégâts, nous devons avant tout repenser et résoudre les problèmes économiques, sociaux et environnementaux qui en ont été la cause.

Chacun d’entre nous fait partie de ce processus, les banques ne sont pas seules concernées. La Banque Triodos s’inscrit dans un mouvement collectif qui connaît un succès croissant. De plus en plus de citoyens font en effet le choix d’une meilleure qualité de vie, par le biais de nombreuses décisions et actions: qu’il s’agisse de la façon dont nous consommons, en choisissant par exemple des produits locaux, ou de nos choix en matière d’énergie, en participant notamment à des initiatives locales de production d’énergie renouvelable ou en achetant de l’électricité verte. L’initiative individuelle vient aussi de ces entrepreneurs qui choisissent de créer des entreprises durables, financées par un réseau de plus en plus populaire de banques durables, la Banque Triodos ou une autre. Que toutes ces initiatives soient de taille relativement petite présente des inconvénients, mais bien plus d’avantages.